GOUVERNANCE
Préambule
Qu’est que la gouvernance ? A quoi « ça » sert ? Autant de questions que le profane se pose sur ce terme utilisé, n’ayons pas peur de l’avouer, un peu à tort et à travers. De quoi parle-t-on ? La gouvernance, synonyme de gouvernement, n’est rien d’autre que la manière dont les décisions sont prises ce qui inclut l’ensemble des processus qui amènent à ces décisions. L’expression «gouvernance d’entreprise» a, semble-t-il été remis au goût, dans les années 80, par de grandes multinationales Depuis le mot s’emploie sans distinction pour un territoire, un pays ou encore une instance internationale (ONU, Europe). De toute évidence, notre société est dirigée par un « système » de gouvernance(s) établies sur des niveaux différents et complémentaires.
Le mot en lui-même n’évoque rien de positif ou négatif. Pourtant, les experts parlent volontiers de bonne gouvernance laissant entendre, de fait, qu’il en existe forcément une mauvaise. Les démarches en faveur de la durabilité ont très vite fait une large place à ce concept «valise». Avec le concept de «durabilité », lui-même nébuleux pour les principaux protagonistes, le mystère s’épaississait. L’approche de la gouvernance s’est, fort heureusement affinée, grâce aux apports théoriques de sociologues et aux expériences remontées du terrain.
Analyse
La gouvernance, la clé de voûte de toute démarche de durabilité…
Pour ma part, je vous propose une vision très personnelle de la gouvernance en tant qu’outil au service des citoyens que nous sommes.
L’établissement d’une bonne gouvernance est le préalable à toute démarche vers la durabilité. Si on se réfère à l’approche « The Natural Step », toute démarche de durabilité doit être systémique, cohérente et participative. Le processus de coproduction participatif est central dès lors que l’on souhaite créer une dynamique d’intelligence collective favorable à l’émergence d’idées innovantes et créatrices de valeur durable. L’établissement de règles de conduite partagée donne au processus participatif un fort potentiel de succès. L’expérience démontre que l’écoute, le respect des autres et de soi-même et la critique positive des idées proposées sont essentielles. Il importe que les parties intéressées soient étroitement associées au processus de coproduction participatif, la légitimité des décisions et le niveau d’implication s’en trouveront renforcés. Une bonne gouvernance s’exerce donc bien du bas vers le haut et non le contraire.
Le modèle démocratique devrait être, théoriquement, le modèle idéal de bonne gouvernance. En pratique, c’est une autre affaire… Cette approche de la gouvernance est encore relativement peu pratiquée à l’exemple des collectivités territoriales où trop peu d’élus voient la nécessité d’impliquer les citoyens à un processus de décision, notamment pour les choix de développement du territoire. Le désintérêt croissant pour le débat politique et la dégradation de l’image des politiques sont, me semble-t-il, les manifestations d’une gouvernance basée sur l’unilatéralisme. Face à ce constat, la société civile s’est organisée pour se faire entendre. La montée en puissance d’organisations telles les associations loi 1901, ONG et autres groupes de pression est le signe d’une volonté affirmée des citoyens de ne plus être spectateurs.
Expérimentation terrain : Le cas d’une PME
La gouvernance, la clé de voûte de toute démarche de durabilité…
Comme je l’évoquais plus haut, la gouvernance, conçue comme un processus démocratique, est l’outil par excellence d’une démarche vers la durabilité. Fort d’une longue expérience de terrain ( en tant que consultant), j’ai eu la chance de travailler sur ce type de démarches. L’exemple auquel je pense est celui d’une grosse PME de 200 personnes. Dès le démarrage de ma mission, j’ai établi avec mon client les règles de bonne gouvernance (Qui fait quoi ? Qui décide de quoi ? Quelle organisation ?) Indispensables pour la suite de la mission d’accompagnement.
Dans un premier temps, une organisation de travail a été imaginée. Cette organisation s’articulait sur trois groupes de travail transversaux (tous niveaux hiérarchiques, tous services, sur la base du volontariat) et le comité de directeurs (ensemble des directeurs de services). Les informations étaient diffusées du bas vers le haut : chaque groupe de travail proposait son plan d’actions (sur base d’un autodiagnostic interne). L’ensemble des plans d’actions étaient ensuite consolidés et présentés au comité des directeurs. Le plan d’actions consolidé était défendu par les pilotes des groupes de travail présents au comité de direction. Cette organisation, somme toute assez simple, a permis la mise en œuvre d’une démarche de durabilité efficace et perçue comme légitime par l’ensemble du personnel.
Les enseignements ont été intéressants : la démarche a permis d’impliquer des salariés peu habitués à s’impliquer de manière générale. En s’appuyant sur une approche collective, elle a donné accès à un gisement d’idées innovantes parfois inattendues. Les actions ont été portées par les initiateurs garantissant ainsi une mise en œuvre effective renforçant ainsi la démarche.
Philippe Patouraux
Fondateur de l'association Next World
SITE des AUDITEURS 2009
du CHEE & DD Méditerranée