L'AGRICULTURE
Manger est vital.
L’agriculture est garante de notre subsistance, elle concerne notre sécurité.1
Contexte :
En 70 ans, la population est passée de 1 à 6 milliard de personnes et les rendements agricoles ont été multiplié par 3 dans les pays industrialisés. Dans 25 ans, il y en aura 3 milliards de personnes de plus, alors que la terre perd 0,5 % de terre arable par an, et que les récoltes perdent de l’ordre de 10 à 15 % de rendement du fait du changement climatique.
Allons nous être capable de nous adapter ? La crise en cours de l’agriculture du fait de sa modernisation n’est-elle pas le révélateur d’un nécessaire changement de modèle.
Qui aurait la prétention d’affirmer que la mise en œuvre ces 50 dernières années des techniques industrielles, chimiques et génétiques, dîtes modernes, a résolu les problèmes de la faim dans le monde, a garanti l’autonomie alimentaire des pays, a préservé l’équilibre social des nations et prémuni d’un effondrement de la biodiversité ?
Alors que chaque jour il y a entre 15.000 à 20.000 enfants qui meurent de faim2 ?
Alors qu'ici les paysans, asphyxiés par les crédits rendus nécessaires pour payer les traitements phyto-sanitaires ou les graines OGM vendus à prix d’or se suicident en avalant les pesticides, que là, désespérés, car maintenus iniquement dans la misère par des pratiques commerciales injustes, ils abandonnent leurs terres et vont nourrir les bidonvilles des grandes villes, contribuant en cela à l’augmentation du chômage et de la criminalité3.
Alors que maintenant des « edge fund », par spéculation, ou des états étrangers, par soucis d’alimenter leurs peuples devant la baisse de productivité de leurs terres, spolient les natifs d’autres pays en achetant par millions d’hectares les terres agricoles qui ont servi jusque-là à les nourrir.
Alors que « Jamais la violence, l’inégalité, l’exclusion, la famine, et donc l’oppression économique, n’ont affecté autant d’êtres humains dans l’histoire de la terre et de l’humanité »4et que les résultats controversés de la politique d'agrocarburant se résume dans le choix de fabriquer 50 litres d'éthanol ou de nourrir une personne pendant 1 an.
Alors que « les restos du coeur » nous rappellent que dans les pays dit riches les gens ont du mal à se nourrir lorsqu'ils n'ont pas de revenus.
Le constat est alarmant5 à tout point de vue : Le monde risque d’avoir de plus en plus faim et l’occident ne sera pas épargné6 ; la biodiversité rurale s’effondre et le risque sanitaire7 augmente comme le montre le documentaire : « Nos enfants nous accuseront ».
Il semble donc que la mise en œuvre du principe de profitabilité, extrapolation d’une pensée mécaniste, sur le domaine de l’agriculture, celui donc du vivant régit par des lois beaucoup plus complexes, se traduit au niveau de la population, qu’elle soit productrice ou consommatrice, par des souffrances considérables allant jusqu’à la mort, par la famine, par la maladie ou par la privation des droits premiers8.
Le phénomène est mondial et les récentes insurrections de la faim sont un indicateur des tensions sociales découlant des déséquilibres provoqués par une pensée toute économique dans la relation fondamentale qu’à l’homme avec la terre nourricière9.
Les déséquilibres augmentent au nom du rationalisme de la productivité alors que justement la contreproductivité10 s’installe du fait de l'atteinte de certains seuils critiques, comme justement l'indexation du prix des aliments au coût des énergies fossilles : les arbres ne montant pas au ciel...
A titre d'exemple, le reportage intitulé « les champs de la mort » souligne , ainsi les conséquences dramatiques pour la population de pratiques agricoles intensives en Amérique du Sud.
Prendre une nouvelle orientation :
Concevoir une meilleure alimentation, une meilleure agriculture semble donc possible et serait même un facteur de diminution de la pauvreté et de la misère qui s’agglutinent à contrecœur dans les villes.
Des expériences avérées et positives peuvent vous éclairer à ce sujet.
Celle par exemple de Mohammed YUNUS, le fondateur de la « Gramen Bank » et prix nobel 2006 de la paix. Il a ainsi mis en accord la théorie économique avec la réalité des mécanismes sociaux, économiques et culturels qui cantonnent la population du Bangladesh dans une situation de pauvreté extrême11. Du fait, notamment, de pratiques de prêts à des taux d’usuriers qui n’enrichisse que d’une façon très relative les préteurs tout en maintenant les « bénéficiaires » dans la misère et la dépendance la plus abjecte.
Il a permis en 20 ans de sortir 10 % de la population d'une misère incroyable en mettant la science de l'économie au service de l'homme et non pas le contraire. Son expérience est reproductible dans la totalité des pays du monde et elle permet aux peuples de mieux se prémunir des famines, là ou la modernité technique de l'agriculture intensive échoue manifestement.
Elle prouve aussi que l'agriculture est une science systémique qui se doit d'englober toute les thématiques constitutives d'une société humaine pour être à même de réussir.
« Les Amis de la Terre », « Food and Water Watch », et la Coordination Européenne « Via Campesina » en appellent à tous les gouvernements à travers le monde. Leur message est :
- Soutenez les droits de vos citoyens à accéder à une nourriture saine, produite localement et respectueuse de la planète ;
- Ne laissez plus les grandes firmes contrôler la chaîne alimentaire ;
- Soutenez les droits des peuples à accéder de manière équitable à la terre et à l’eau ;
- Interdisez les aliments OGM, tant pour les humaines que pour les animaux d’élevage.
- Réduisez les soutiens aux exploitations agricoles industrielles et augmentez massivement les soutiens à la production animale non intensive ;
- Réduisez la dépendance en alimentation animale importée ;
- Soutenez la production d’alimentation animale en Europe ;
- Imposez un étiquetage spécifique pour tous les aliments provenant d’animaux ayant été nourris avec une alimentation animale provenant de plantes OGM.
Ces revendications qui se basent sur une connaissance et une expérience du terrain de ces travailleurs de la terre ont le mérite de s'inscrire dans une préoccupation de sauvegarde de notre patrimoine commun : la santé.
Pouvons-nous prendre de la même manière les propos des représentants des firmes de l’agroalimentaire dont l’objectif principal est le profit de leurs actionnaires… … et non ceux de 98 % de la population mondiale ?
Conclusion :
La santé de l’être, votre santé, est liée à la santé de la planète. Pierre RABHI nous rappelle cette vérité dans son très beau "manifeste pour la terre et l'humanisme".
Nos choix communs de consommations sont déterminants pour notre avenir. Des expériences locales sont mises en oeuvres. Nous vous invitons à les découvrir ainsi que les ouvrages indiqués ci-dessous.
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1 Un vieil homme et la terre, Edgar PISANI, page 9.
2 Manifeste pour la terre et l’humanisme, Pierre RABHI, page 20.
3 Comment changer le monde, David Bornstein, page 34.
4 Jacques Derrida (Philosophe né en Algérie) article sur les agrocarburants, site : contreinfo.info
5 Manifeste pour la terre et l’humanisme, Pierre RABHI, page 15 à 39
6 Manifeste pour la terre et l’humanisme, Pierre RABHI, page 15
7 Pour un catastrophisme éclairé, Jean pierre DUPUY, page 26
8 Vers un monde sans pauvreté, Mohammad YUNUS, premiers chapîtres
9 L’empire de la honte, Jean ZIEGLER, chapitre « l’enfer vert »
10 Un phénomène embarrassant : lorsqu'elles atteignent un seuil critique (et sont en situation de monopole) les grandes institutions de nos sociétés modernes industrielles s'érigent parfois sans le savoir en obstacles à leur propre fonctionnement : la médecine nuit à la santé (tuant la maladie parfois au détriment de la santé du patient, le transport et la vitesse font perdre du temps, l'école abêtit, les communications deviennent si denses et si envahissantes que plus personne n'écoute ou ne se fait entendre, etc. Lire aussi "Pour un catastrophisme éclairé", Jean Pierre DUPUIS, page 31 à 48.
11Vers un monde sans pauvreté, Mohammad YUNUS, Le Livre de Poche
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